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Traité de la construction des chemins – 1778

Aux grands problèmes du passé, les Anciens ont souvent apporté des solutions simples et efficaces, basées sur une observation empirique et une expérience parfois multi séculaire.

Voici un petit rappel, sans nul doute utile, pour nos décideurs, ingénieurs, architectes et autres bétonneurs et asphalteurs.

Le conseil ne date pas d’hier, cependant.

Traite_Chelmins

Chapitre VIII. Du chemin qui côtoye[1] une rampe, ou une pente de montagne.

  1. Les rampes des montagnes ne sont pas toujours en droite ligne, pour y pouvoir tracer également un même ouvrage propre à soutenir une route qu’on y veut projeter. Le chemin dans ces lieux est bordé, pour l’ordinaire, du côté du bas de la rampe par un mur de soutenement. Tantôt suivant la disposition du terrain, on se contente de faire toute la tranchée dans le solide de la montagne ; tantôt traversant des rochers, on établit de l’un à l’autre des décharges et des cintres surtaillés, pour supporter les murs de soutenement. Par le trop grand escarpement des lieux, on y pratique des charpentes propres à soutenir la route, tantôt ne pouvant pas y établir une route, ni un mur de soutenement, ni par aucune charpente, ou percer le rocher qu’on rencontre. Enfin, ne pouvant pas se servir d’aucun de ces moyens, on est obligé de pousser la route dans le fond et bas des lieux inaccessibles, qui font très-souvent des rivières, etc. De toutes ces manières différentes de chemins, nous en allons traiter dans la suite.
  2. Les murs de soutenement qu’on fait pour supporter une voye sur la rampe d’une montagne, sont faits quelquefois à pierre sèche. Ceux qui sont faits à chaux & à sable ne sont pas toujours les meilleurs contre-forts &é arboutans, pour soutenir tout l’effort & toute la pésanteur de la route ; car le mortier qui ferme le joint des pierres, empêche les eaux de le filtrer au travers des terres, qui les retiennent comme une éponge. Ces eaux dans le temps de pluyes qui descendent de la rampe de la montagne, dont une partie traverse la route, & l’autre s’imbibe dans son terrain, ramollissent le fondement des murs, désunissent le mortier des joints entre les pierres, sourcillent enfin, entraînent par-là les murs par l’effort des terres qui sont derrière. Quelques précautions qu’on prenne à pratiquer des égouts, barbacanes[2], ventouses, ou chantepleures[3] pour l’écoulement des eaux, si l’endroit de la montagne est mal situé, & qu’il s’y rencontre des sources, toutes ces précautions seront mal propres pour donner à la route une parfaite solidité. Pour lors un mur de soutenement fait avec la simple pierre sèche, sans aucune terre entre les joints, est à préférer à une bonne maçonnerie, parce qu’au travers des joints de pierres les eaux s’échappent, après s’être filtrées dans les terres du chemin. La route est ainsi plutôt desséchée, & par conséquent plutôt affermie pour la commodité des passants après un tems de pluye. Les murs de soutenement faits avec pierre, chaux  & sable, peuvent être pratiqués sur le roc, & dans les lieux les plus secs de la rampe de la montagne, où difficilement pourrait-on pratiquer un mur de soutenement à pierre sèche, capable à soutenir un grand remblai de terre pour la largeur d’une route. Et ainsi ayant une fois distingué les lieux les plus propres à faire plutôt ou ouvrage qu’un autre, il sera aisé de construire avec solidité la route.
  3. Le mur de soutenement fait avec pierres sèches, doit être assis en bon fond, observant de lui donner une pente de quelques pouces du côté du haut de la montagne, afin qu’il soit parfaitement bien assis dans son sol. Ensuite on l’élèvera à plomb du côté des terres, ou du remblai, & en dehors on lui donnera du talus un cinquième de hauteur. La largeur par le haut doit être pour le moins de deux pieds, élevés & couronnés de pierres plattes couchées de champ, pour le moins sur les deux tiers de la largeur du mur par le haut. L’arrangement des pierres doit être tel, quand dans le fondement on établira les plus grosses et les plus plattes ; à son parement les longues, & qui forment une espèce de boutisse ; dans le corps du mur les plus petites, & le derrière du mur doit être garni de moyennes ; le tout avec une certaine liaison, que de tems en tems il y en ait de longues qui lient les murs d’un parement à l’autre sur la largeur, si faire le peut, sans qu’aucune terre, mousse, gazon, bois, etc. soit employé à sa construction. Les terres seront ensuite rangées derrière avec la pelle, qu’on fera descendre du haut de la montagne & … plat, & tout auprès derrière les murs. Le remblai des terres se doit faire jusques à la hauteur des murs de soutenement, dont le couronnement doit être couvert à quelques pouces de haut, de gazon, herbes, mousse, & de tout ce qui peut le lier aisément pour faire corps, & n’être pas facilement emporté par les eaux de pluyes dans un commencement.

Traité de la construction des chemins – Hubert Gautier – Chez Laporte, 1778


[1] L’orthographe originale du texte a été conservée.

[2] Barbacane : étroite fente verticale pratiquée dans un mur de soutènement pour faciliter l’écoulement des eaux d’infiltration provenant de la masse de terre soutenue. Dans cette acception, le terme est alors synonyme de « chantepleure.

[3] Chantepleure : fente verticale pratiquée dans un mur pour l’écoulement des eaux



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